Go home. Am back. C’est ici, entre deux opé, que je mets de l’ordre dans les images qui envahissent les circonvolutions de mon cortex. Ça circule pas ça coince. Des images d’images, des images de mots, des images de voix. J’ai rêvé d’un mage noir qui m’accrochait à sa robe pourpre et me faisait tournoyer dans la fumée du benjoin et le tintement des qraqech. Au réveil on me rapatriait dans mon pays, enfin, ici, parce que mon païs je sais pas si c’est ici et si c’est pas ici je sais pas où c’est.
Le Coach m’a évadée d’Eva Zion. J’ai taillé mes lances en silence mais j’en ai pas eu assez. Me suis fait déborder, bombardée d’infrabasses. Au début je croyais que ça me faisait vibrer de l’intérieur et puis j’ai réalisé que ça me faisait claquer des dents. C’est là que j’ai croisé une horde de revenants qui voulaient coloniser mon âme à coup de trique. L’enfer au pied du Mount Zion. Je me suis dit : « Vas-y, grimpe, autant le pallier là-haut c’est le paradis ? ». J’ai fait mon maximum mais j’y suis jamais arrivée. Mon cerveau m’a servi une maxime de merde : « Capituler c’est vaincre ». Ouais, ça m’a donné un alibi : ouais, j’laisse béton le bloc.
Le Coach y m’a dit : « Prépare ton sac, tu fais le retour. Ya pas âme pure qui vive ici, ya que des putains de revenants. Des larmes, du sang et du feu. T’abime pas plus dans ce gouffre de misère. Un putain de no m…’s land….
- Hein Coach ? Ya des bug j’ai rien compris : un « no mike’s land » ? Kèssa veut dire ?
- Rien. Ça veut rien dire. J’ai dit : un no man’s land. Allez, on the road again, tu rentres.
- Hé Coach,j’ai une intuition : la prochaine opé, on l’appellera Eva Niquer-ta-mère ? »

Et voilà. Le Coach du coup y m’a filé un attendrisseur et y m’a dit que c’était la seule arme contre les revenants. Enfin, il m’a prêté son attendrisseur pas donné. Rrrah l’boucher. Il m’envoie en enfer et après il me prête son attendrisseur pour ramollir les bitembois fantomatiques. Bienveillant ça. Mouais. Bref. Je repars dans ma quête. Au passage je me sens invincible avec mon arme au poing. Du coup je m’en chope un bien play boy rockers riddim. Avec un bon gourdin et un beau pti cul. Mouais. Mais pas un trop pti cul. Ya rien de pire qu’un trop pti cul. Même pas un trop gros bouton sur le cul. Ben non : parce que vaut mieux un trop gros bouton sur un trop gros cul qu’un trop gros bouton sur un trop pti cul. Ben si. Et puis d’un coup sans qu’il m’appelle par le phone, j’entends la voix du Coach qui me dit : « Vas plus loin vers l’église, prends la rue d’en-face et arrête-toi devant la vigne de l’ange. » Il est fort ce Coach. Mais il est con. Il est con, mais il est fort. Bon, ok Coach, j’y vais.

Un pépère poilu qui parle à son chat.
Je lui dis : « Yo ».
Il me dit : « Yo Yo ».
Je lui réponds : « Yeah wassup ? ».
Et là il me fait : « Yeah, funky, moi c’est Le Pôle ».
Hard. Wah, cooool ! On dirait Le Duke, en calbut et tee-shirt avec son peignoir, tous ses poils plus ceux de son chat. Sacré Duke. Et putains de nihilistes. Bon, enfin bref, on va pas remuer la merde de nos histoires de merde avec les autres. C’est là qu’on commence à croiser nos esprits à coups d’échos avec Le Pôle. Je sais direct qu’il est du cercle, ya une lumière violette dans ses mirettes. Putain Coach, à deux pas de chez moi merde, ça valait bien le détour de me faire claquer les dents au pays des revenants, ça pulse, on s'fend la gueule… « Ben ouais ah c'est balaud. Mais va pas te prendre pour l’Alchimiste non plus ». Il est con ce Coach, je lui ai pas parlé et il me répond dans mes oreilles internes.
« Bon, Le Pôle, on va pas te tourner autour du pot pendant des plombes, on n’est pas aux vingt-quatre heures du bol ici, alors : d’après toi, il nous faut quatre-vingt six lances ou quatre-vingt silences ? T’en as combien ?
- Ben, je savais pas alors j’ai fait soixante-six scies. Et puis si ça suffit pas j'ai aussi soixante-six si. Mais arrête de tricoter des chiffres qui servent à rien dans ta tête, viens, on va faire saigner un cœur et couler des yeux.
- J’arrive. Mais soixante-six scies ou soixante-six si, ça fera jamais quantre-vingt six lances, ou quatre-vingt silences. Ou ptet que des si, si… Putain, si seulement si…En même temps, avec des scies… »