Pour seule musique les gingles du flipper DELUXE que malmène la patronne, une armoire normande vermoulue bien campée dans ses botines noires évasées. Elle rit par intermitances, de toutes sa dentition dès longtemps ravie par les vineux atavismes. Les murs du bouge sont d'un lambris rouge dégoulinant par endroits leur vernis mêlé de poussière; des cartes postales, derrière le bar, se sont fondues à la poisse des années. La porte grince:quelqu'un entre. Il s'agit d'un humanoïde; ça sue du crâne, la morve au clapet. Il va s'accouder au zinc. Sur sa droite, un poivron vert confie à un poivron rouge son amour de la liberté et des combinaisons gagnantes. A gauche, des habitués du biberon gardent leur silence pour eux et leur verre à la main face au crépuscule pluvieux, qui n'incite pas au commentaire. Dans l'ombre du fond, une tablée de beloteurs d'où provient, rythmant les esclaffements de la patronne, des jurons humides et des exclamations non verbales. Un chien, aussi, robe nicotine (le canevas, là-bas, hé bien c'est lui), fait le renifle-braguette à l'entrée des chiottes à la turc.