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Autant vous prévenir tout de suite 1. 1.
Quand les extraterrestres débarquÚrent, autant vous prévenir
tout de suite, il pleuvait.
Quelquâun a ât -il dĂ©jĂ songĂ© Ă cette Ă©ventualité ? Non, elle est
bien trop horrible.
Quand les extraterrestres débarquent, il fait toujours beau, tout
le monde lâaura remarquĂ©. Mais câest autre chose, la rĂ©alité ;
câest une mouille implacable, Ă Ă©chelle humaine : mesquine, sournoise,
envahissante, contaminatrice, profondément anti-hollywoodienne.
Il nây eut personne pour venir les accueillir.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 1.
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils sâaliĂ©nĂšrent notre
sympathie Ă trop en avoir pour nous â ils pouvaient : ils avaient
mangé la tétine voici quelques millions de nanonounous.
Louanges à leur sagesse !
Nous, des virgules de lait nous pendent encore au nez. Un démiurge
monomaniaque à trois seins gonflés de jalousie nous fait toujours
sauter en apnĂ©e sur ses genoux, Ă fond âde -cale du bateau âĂ©cole
Ă la cape cosmique.
Louanges à leur sagesse !
On leur signifia assez diplomatiquement (sans mĂȘme utiliser dâarme
bactériologique !) d'évacuer les lieux, et de remporter avec eux
leur désir de nous rendre heureux.
SâĂȘtre farci tous ces siĂšcles dâĂ©volution pour gagner un tel retour
case départ ? faut pas pousser !
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Il fallut bien faire avec 2. 1.
Quand les extraterrestres débarquÚrent, il fallut bien faire
avec : on ne choisit pas ses extraterrestres, câest comme ça,
on nây peut rien. On choisit peut-ĂȘtre ses amis, parfois, mais
pas ses extraterrestres.
Si quelque chose doit dĂ©barquer, ce sera nĂ©cessairement de lâextraterrestre,
LA PREUVE.
Il faut se faire Ă cette idĂ©e et nâespĂ©rer, Ă la rigueur, quâun
inversement de tendance : attendre son heure pour devenir un
jour, peut-ĂȘtre, lâextraterrestre de quelquâun dâautre.
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Mon pauvre gars 5. 1
Quand les extraterrestres débarquÚrent, mon pauvre gars, ta
rockân'roll attitude trouva Ă qui parler. Ton â noisy spirit â,
c'était du pet de cafard, désolé.
Le concert qu'ils donnÚrent dans la dépression de Gobi fut déclaré
catastrophe Ă©cologique majeure. Leurs guitares Ă â n â cordes
connectées à leurs amplis gazogÚnes style Empire State Building
soufflÚrent la vie comme un million de mégatonnes diÚse.
Seuls les plus résistants survécurent : quelques scorpions et
quelques types dĂ©jĂ trop attaquĂ©s pour ĂȘtre menacĂ©s.
C'est ça le Rockân'Roll, mon gars.
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Au terme dâun si long pĂ©riple 3. 1
Quand les extraterrestres débarquÚrent,
au terme dâun si long pĂ©riple, ils trouvĂšrent en nous des
interlocuteurs privilégiés.
HĂŽtes, otages, de leur solitude, nous mangeĂąmes notre pain sec
dans la prison de leur parole.
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Mon pauvre gars 5. 2
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, câĂ©tait il y a un bon
bout de temps, et quâavons-nous vu ? Rien, rien, rien âŠ
Homo Erectus, la survie nous a tenus tranquilles ; Homo Sapiens,
nos vellĂ©itĂ©s dâĂ©veil ont rĂ©coltĂ© le premier retour de manivelle.
Je vois dâici la scĂšne : le Premier Homme jette au ciel lâos
historique qui tournoie, funestement wagnérien, et lui retombe
dessus â knock-out prĂ©frontal dĂ©finitif.
La suite est quasiment anecdotique. Civilisés, une autre espÚce
dâurgence nous a empĂȘchĂ© dây voir clair : remplir le vide laissĂ©
par nos victoires sur nos nĂ©cessitĂ©s â comme une friche quâil
faut semer de haies â pour sombrer un jour dans lâHomo Laboradministratus,
lâHomo Chnocus qui, Ă lâheure des comptes, se dit :
â Jâai lâimpression quâil y a quelque âchose qui cloche. â Quelle
intuition.
Et qui sont les fromages sous la cloche ? âŠ
Bref, nous nâavons rien senti.
JusquâĂ ce que la nausĂ©euse rĂ©vĂ©lation nous tombe sur le coin
de la conscience comme un ciel quâon croyait sans nuage et qui
perce soudain, anĂ©antissant dâun coup tous les simulacres de
liberté, tous ces illusoires aménagements qui nous faisaient
croire quâon Ă©tait chez nous, et pas au chenil.
â Nous sommes Ă la libertĂ© ce que les crottins de chĂšvre sont
Ă la cloche Ă fromages. âÂ
Aujourdâhui, le charme est rompu. On ne peut plus nous la faire.
On ne peut plus se la raconter, on nâest plus intĂ©ressĂ© par les
mĂȘmes choses, on nâa plus envie de faire lâeffort de croire quâon
est les patrons. La récréation finie faut se taper la vérité
et câest bien pire que la mort, dâĂȘtre adulte.
Adulte sous une cloche Ă fromages, depuis toujours et Ă -jamais.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 1
Quand les extraterrestres
débarquÚrent, ils ne furent pas déçus du voyage : on leur concocta
un de ces accueils des familles pétris de dignité, qui font notre
rĂ©putation jusquâaux confins de la galaxie et la cause principale
de notre solitude avec, en prime time, la diva Casburn, suivi
des Tambours de Dax. Pour accompagner le buffet : fanfare et
majorettes triées sur le volet pour une chorégraphie signée J.
P Glougloup.
AprĂšs un effleurement de piste plein dâincertitude, la soucoupe
a décrit quelques arabesques aléatoires au-dessus des tribunes,
puis a disparu définitivement sans laisser ses coordonnées.
Ils devaient chercher quelque chose, ou sâĂȘtre trompĂ© dâadresse.
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Mon pauvre gars 5. 3
Quand les extraterrestres débarquÚrent, je n'en faillis pas
pour autant Ă mon devoir.
Inflexible, un vigile de niveau 3 n'a que faire des particularismes.
Rien ne peut l'affaiblir et le détourner de sa mission : fermer
avec une languette en plastique indestructible les sacs plastiques
ouverts provenant d'autres magasins.
Alors, sacs vivants ou non, sacs polyglottes, débrouillards,
n'habitant plus chez leurs parents, sacs provenant de magasins
dâautres galaxies ⊠J'y peux rien, c'est le rĂšglement.
Suis pas zoologue, moi.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 2
Quand les extraterrestres débarquÚrent, et que les premiers mots
qu'on put entendre de la part de leur ambassadeur furent : â LES
EXTRATERRESTRES, C'EST VOUSÂ â, personne ne fut capable d'affirmer
s'il s'agissait là d'un immense trait d'humour de comiques intersidéraux,
ou une parole de bon sens fondée sur une solide connaissance du
monde, ou une formule purement conviviale, ou l'expression d'un
sectarisme cosmogonique laissant présager des emmerdements à grande
échelle, non, personne ne put savoir.
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Mon pauvre gars 5. 4
Quand les extraterrestres débarquÚrent,
Dieu ! quelle boßte crùnienne ! quelles tronches ! nous prßmes
Ă cette occasion la mesure du chemin Ă parcourir.
Leur front démesuré s'élevait dans les airs avec une ostentation
que certains supportĂšrent difficilement.
Quels monstres ! quelles flÚches !
Les théories leur prédisaient un hyper cortex façon citrouille,
mais de lĂ Ă se farcir une telle courge d'intelligence, non !
Les femmes ne restÚrent pas indifférentes à leur physionomie cérébrale.
Les annonceurs en mal de supports nouveaux mouillĂšrent leur culotte
devant une telle panacée.
BientÎt, des crùnes galactiques Coca-Cola et 36.15 BRENDA égayÚrent
la ville, bénévolement, en toute simplicité.
Leur détachement surhumain était à mettre sur le compte d'une élévation
d'esprit telle, que nos triviaux affairements devaient confiner
à l'invisibilité, les travaux d'Einstein à des gribouillis d'idiot
congénital, les paroles du Dalaï Lama, à du babillage de bébé chimpanzé.
Impossible donc, d'embrasser ces esprits supérieurs sans mettre
en danger notre précaire équilibre, sans les réduire inévitablement
Ă notre petitesse.
Personne nâa cherchĂ© la petite bĂȘte, on nâest pas con Ă ce point
-lĂ .
Nous nâavons pris aucun risque : câest que nous prĂ©fĂ©rions rester
dans notre crétinerie douillette, à l'abri de leur toxique génie.
Jusquâau jour, fatidique entre tous, oĂč un spĂ©cimen peut enfin
passer sur le billard, pour autopsie (sauvagement agressé par un
pigeon, le pauvre - personne nâest invulnĂ©rable). On dĂ©couvre alors
un cerveau guĂšre plus gros quâun pois chiche, gardĂ© jalousement,
Fort Knox dĂ©risoire, par dix centimĂštres et dix millions dâannĂ©es
dâĂ©paississement osseux.
Lâerreur est humaine.
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Il fallut bien faire avec 2. 2
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ce fut par la voie du
ciel, comme dans les livres.
Grisant.
Ils étaient étranges, bizarres, reconnaissables en tant que tels :
on pouvait dire sans se tromper â SĂ»r, ce sont bien lĂ des extraterrestres â.
Quelle aventure.
Ils nous apprirent beaucoup. Certains traits de nos civilisations
les étonnÚrent.
Ă ! incommensurable mystĂšre de lâunivers visible et invisible.
Nos rapports furent chargĂ©s de crainte, de respect, dâincomprĂ©hension,
dâanthropomorphisme et dâextraterrestromorphisme. Il y eut des
bons et des méchants dans les deux camps, des injustices et des
conciliations, des crimes, des désillusions, des miracles.
Un voyage bien amorti.
Redoutant lâextinction, nous Ă©tions promis Ă des mutations sans
précédent.
Des portes sâouvraient, dâautres se fermaient.
En un mot, le scoop.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 3
Quand les extraterrestres
dĂ©barquĂšrent, aĂŻe ! aĂŻe ! aĂŻe ! il sâavĂ©ra que leur peau nâĂ©tait
pas de ce vert tant souhaité, quasi printanier, aimable et pour
ainsi dire sans consĂ©quence, mais de lâorange le plus fluorescent
striĂ© de bleu Ă©lectrique, avec pointes de noir profond Ă lâextrĂ©mitĂ©
de leurs membres quâils avaient nombreux.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 2
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils ne s'adressÚrent
pas Ă notre espĂšce et passĂšrent devant nous le temps dâun bref
coup dâĆil, sans sâarrĂȘter, de celui quâon peut poser sur un moucheron
en stationnement sur le bras, dont on sait que lâexistence ne dure
que le temps dâune bonne sieste.
Le tournant le plus déplorable de l'aventure humaine.
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Mon pauvre gars 5. 5
Quand les extraterrestres débarquÚrent, personne ne vit ni
n'entendit rien.
Ils passÚrent inaperçus autant que nous à leur égard.
Une invasion vraiment sans histoire, mais non moins définitive
et implacable.
Rien ne put donc donner raison à la volée de fous qui proclamaient
leur présence, ceux-ci passant également inaperçus au regard
de leurs congénÚres.
Comment puis âje donc, me direz-vous, tĂ©moigner de la sorte ?
MystĂšre, mystĂšre...
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Louanges à leur sagesse ! 4. 3
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils débarquÚrent sans
avoir besoin de débarquer.
Depuis quand une civilisation un tant soit peu avancée aurait besoin
de débarquer pour débarquer ?
Beaucoup ne sâen sont pas remis dâavoir accidentellement pressenti
ces mains étrangÚres et supérieures qui plongÚrent dans nos esprits
comme dans du terreau pour y faire leurs semis et leurs récoltes.
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Au terme dâun si long pĂ©riple 3. 2
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ma foi, ils ne débarquÚrent
pas immédiatement.
Il fallait auparavant leur faire signer quelques formulaires d'arrivée
et par la suite, leur faire passer une visite médicale.
Qu'on le veuille ou non, telle est la procédure en matiÚre de réception
d'étrangers sans passeport, et à plus forte raison d'extraterrestres.
Mais avant, pour éviter tout vice de forme, l'administration eut
à se mettre en conformité avec ce cas particulier à traiter. Il
fallut créer lesdits formulaires de toutes piÚces, ainsi que les
tampons nécessaires à leur validation.
A-t-on déjà vu un formulaire sans tamponnage approprié ou un tampon
sans formulaire adéquat ?
On fait donc patienter la délégation dans la zone de transit prévue
pour ce genre de circonstances. L'équipe médico-psychologique a
tout loisir de faire son travail.
Le lendemain, à 12H47, il leur est délivré carte de séjour et passeport
temporaire, la chemise contenant tous les duplicata des papiers
qui furent nécessaires à leur élaboration, des guides d'utilisation
â transports en commun, plans, consignes de sĂ©curitĂ© et d'hygiĂšne,
préservatifs, condensé du code civil et du code pénal, aperçus
historiques et moraux, le â gratuit â obligatoire, ainsi quâun
bon pour un tour de Train FantĂŽme Ă la Foire de TrĂŽne, et beaucoup
d'autres choses.
L'administration peut se montrer généreuse.
à ce jour, la raison de leur départ dans les minutes qui suivirent
reste une énigme.
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Mon pauvre gars 5. 5
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils en avaient, des idées
derriĂšre la tĂȘte ! Cela se sent, ces choses-lĂ .
Mais devant, rien, le vide absolu, le néant.
Non, ils se contentaient dâavoir des idĂ©es derriĂšre la tĂȘte par
paquets de dix et de sacrées. Cela donne une contenance, peu de
contenu.
On montre patte blanche le regard transparent et lâon entend dans
les placards de derriĂšre grouiller les araignĂ©es dâidĂ©e qui se
mangent entre elles sans jamais sortir au grand jour.
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Au terme dâun si long pĂ©riple 3. 3
Quand les extraterrestres débarquÚrent, portés vraisemblablement
par une technologie tellement avancée qu'on eût pu la qualifier
de post-technologique, guidés par l'esprit d'une civilisation
tellement supérieure qu'on eût pu la qualifier de post-civilisation,
et, sans doute, tellement dégagés des marasmes des lois bio-historiques
qu'on eût pu la qualifier de post-bio-historique, bref, rien
de bien qualifiable, figurez-vous qu'ils ratĂšrent leur coup.
Ils SE PLANTĂRENT ! ils se rĂ©tamĂšrent sur l'aire dâatterrissage.
Il fallut leur prĂȘter assistance. Ils Ă©taient trĂšs sympathiques.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 2
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils étaient en congés,
câest lĂ leur droit le plus strict.
Tout arriva trÚs vite : Ils coururent recta direction la plage
comme un seul extraterrestre, ceux qui ne purent avoir de Pédalo
ou de bouée géante se rabattirent in extremis sur le trampoline
et le toboggan et les autos tamponneuses amorphes de la fĂȘte foraine
siestant sur le parking surchauffĂ© et sa buvette oĂč la machine
Ă barbe Ă papa tournait molle.
Sur le sable, ils se mirent Ă circuler par grappes en s'arrĂȘtant
sporadiquement â le temps quâun Ă©trange appareil se fĂ»t postĂ© Ă
leur Ćil unique, et quâon les entendĂźt Ă©mettre de drĂŽles de vocalises,
pour repartir aussi sec entre les corps et les parasols, ou courir
s'arracher les espaces vacants de toutes les activités qu'offrait
en ce mois d'août exceptionnellement chaud la vénérable station
de Cavalaire, Var.
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Mon pauvre gars 5. 7
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, je ne dormais que dâun
Ćil. Eux aussi, sâil leur arrivait de dormir - mais ils nâavaient
guÚre le choix : Dieu les a construits comme tels, à son image
des mauvais jours, avec un kit au rabais ne comportant pas la stéréo
oculaire.
Triste condition.
Je ne vous surprendrai pas en vous disant que sâils ont imaginĂ©
une seconde me prendre par surprise, ils se sont mis le doigt ou
toute autre Ă©quivalence digitale, dans lâĆil.
Ce qui est gĂȘnant quand on nâa que ça pour voir le monde.
Et vous avez Ă©chouĂ© â misĂ©rables sous-cyclopes, dans votre tentative
pour fuire par oĂč vous Ă©tiez venus, et vous vous ĂȘtes emmĂȘlĂ© les
fibrilles â pauvres borgnes annulĂ©s, dans tous les tapis, rhododendrons,
barreaux de chaise et escalators que peut contenir notre monde
charmant.
Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Mais, soyez rassurée, la morale est sauve : il se trouve toujours
parmi nous quelque ùme charitable au secours des éclopés.
En lâoccurrence, le P.D.G branchĂ© dâune fabrique de balais-brosses.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 4
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, câest avec tout le sĂ©rieux
de lâunivers quâils activĂšrent pour notre pomme, en dignes macrobiotes
hydrogĂ©nophages revenus dâentre tous les rĂ©gimes, leur mimique
circonspection chagrine dâĂ©lite Ă fort indice paranogĂšne.
Une maniĂšre de nous rentrer subtilement dans le lard avec comme
arme, ce regard orthodoxe expulsant en silence lâinfinitĂ©simale
toxine de la réprobation et du mépris, laquelle doit se diluer
dans le sang sans laisser de trace pour faire de vous un mort inexpliqué.
Mais le plus important dans lâhistoire, câest le gĂ©nie de nos cuisiniers
â quelle invention !quelles prouesses ! quel art !
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Mon pauvre gars 5. 8
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, jâĂ©tais en train de
me faire cuire des pĂątes.
Pour ĂȘtre plus prĂ©cis â et nous savons combien la cuisson des
pĂątes est affaire de prĂ©cision â elles approchaient l'instant
quasi infinitésimal de la perfection al dente, aprÚs quoi leur
substance eût viré dans l'horreur de la mollesse, irrémédiablement,
suivant le mystérieux processus des transformations entropiques
qui me fascine tant, et pour lequel combien de moisissures de
toutes sortes j'ai accumulées !
Inutile de vous dire que la cuisson de mes pùtes s'avéra catastrophique.
Qui peut prétendre, de mémoire d'homme, avoir assisté à une cuisson
aussi calamiteuse ?
Il n'en fallut pas d'avantage pour que je voie cette visite inopportune
commencer sous de trĂšs, trĂšs, trĂšs mauvais auspices.
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Il fallut bien faire avec 2. 3
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils sâavĂ©rĂšrent plutĂŽt
â bonne pĂąte â.
Ils vinrent sans verdict aucun.
Ils ne récupérÚrent pas de monolithe.
En effet, certains, parmi nous, sont allĂ©s jusquâĂ vouloir nous
retirer les mĂ©rites dâune croissance sans assistance ni allocation,
propre Ă nous mettre Ă notre compte sur le marchĂ© des espĂšces â
jusquâĂ nous retirer aussi les circonstances du hasard pur : lâespĂšce
nâaurait donc pas gagnĂ© son lot Ă la roue de la fortune cosmique
â pour mettre devant le primate irrĂ©cupĂ©rable ce fameux monolithe,
machine à cortex qui eût ainsi fait de nous la digne récolte de
cultivateurs bien plus balĂšzes que nous.
Franchement, ça dénote un sacré manque de caractÚre.
Non, non, nous nâavons pas Ă©tĂ© trop sĂ©vĂšrement jugĂ©s.
Notre mĂ©diocritĂ© prise en compte, nous ployĂąmes sous dâatroces
circonstances atténuantes.
Rien ne fut trop retenu contre notre légitime idiotie.
Les extraterrestres nous tapotĂšrent la tĂȘte, nous fĂ©licitant des
valeureuses élévations qui parfois parsÚment notre nuit.
Oui, quels douloureux moments on passa.
Lâextase.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 3
Quand les extraterrestres débarquÚrent, une mission de leur génie
civil fut dĂ©tachĂ©e du vaisseau mĂšre au bar â Les Copains dâabord â
(le propriétaire a ouvert depuis une chaßne de bars
â Les Copains dâabord â).
Là , ici -bas, les ingénieurs venus du ciel sont allés droit aux
toilettes et, grùce à leur outillage léger, ont découpé, désolidarisé
du sol et emporté sans cérémonie la faïence du chiotte à la turque
â terme technique dĂ©signant lâouverture et la margelle du conduit
dâĂ©vacuation des dĂ©jections humaines et que seule une longue expĂ©rience
permet dâaborder Ă la bonne distance proportionnellement Ă lâĂ©tat
des selles sans se mouiller lâanus et /ou se salir les chaussures.
JâespĂ©rais secrĂštement que ce fĂ»t pour faire progresser sa technologie
- un antidérapant révolutionnaire, qui sait.
DĂ©cidĂ©ment, la chose en passionne plus dâun. Il y a des brevets
qui se perdent, câest certain.
Ils achevĂšrent leur travail en faisant un mĂȘme sort Ă la version
â dames â, sorte de protubĂ©rance blanche avec un bulbe au bout,
rĂ©agissant au tirer-relĂącherâtirer-relĂącher du cordon sensible
en émettant avec force rùles et gargouillis un liquide transparent
appelĂ© âeauâ.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 4
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, cela nâeut rien Ă voir
avec ce que chacun Ă©tait en droit dâattendre : du design, de
lâhypratech, de lâhypersynthĂ©tique, le top de lâergonomie, lâorganisation
ultime, invisible, la pure organicitĂ© rĂ©unie, autant dire lâintĂ©gration
corpo-technico-spirituelle, toute lumiĂšre et silence.
On nâeut mĂȘme pas droit Ă la combinaison spatiale de rĂȘve.
Bien au contraire, un je-ne-sais-quoi de campagnard Ă©manait dâeux :
faces burinées par un soleil inconnu sous de longues barbes,
manteaux dâune espĂšce de laine grise, une tenace odeur terreuse,
et surtout, déjouant toutes les hypothÚses des spécialistes en
civilisations inconnues, un accent du sud infernal.
On put apprĂ©cier les magnifiques motifs floraux quâarborait leur
vaisseau, et la grande décontraction de ceux qui en descendirent.
MalgrĂ© lâabsence dâoutils comparatifs fiables, tout portait cependant
Ă croire que ces Ă©nergumĂšnes Ă©taient dĂ©foncĂ©s, quâils avaient
dû fumer pas mal de calumets pendant leur voyage, ingurgité des
choses dont on nâa pas idĂ©e. Le pape, de la partie pour les accueillir,
contre toute prévision, tira sur sa premiÚre pipe.
Les lumiĂšres installĂšrent leur bivouac sur une aire de stationnement
de la bretelle dâĂ©change de Montauban Sud.
On peut appeler phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ© le fait quâun nombre toujours
croissant dâhommes et de femmes se soient joints Ă eux, et sây
joignent encore, le campement gagnant sur les champs et investissant
les faubourgs de la ville âŠ
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Mon pauvre gars 5. 9
Quand les extraterrestres débarquÚrent, je me savais sur le gril
depuis belle lurette. Oui, sans vouloir vous offenser, jâĂ©tais,
moi, humble reprĂ©sentant de notre espĂšce, lâobjet privilĂ©giĂ© de
leur observation.
Ils cherchaient lâambassadeur idĂ©al et je crois quâils lâavaient
trouvĂ©, jâen veux pour preuve mon incroyable sang-froid dans cette
épreuve. Mais je suis persuadé que chacun se serait comporté avec
la mĂȘme grandeur dâĂąme.
Sâils furent sĂ©duits dâabord par ma finesse et ma grande ouverture
dâesprit, mes capacitĂ©s analytiques dĂ©concertantes, mon don pour
les langues ou mĂȘme, mon imagination dĂ©bordante toujours prĂȘte
à assimiler les données les plus folles, ou par la disposition
harmonieuse â et bien Ă corps dĂ©fendant croyez-moi, de qualitĂ©s
que je partage probablement avec dâautres, peu importe.Â
Toujours est âil quâon sâest rencontrĂ©.
Ils mâont embarquĂ© faire un petit tour de galaxie. Le temps dâaligner
quelques parties de 421 que je mâaccordai la faveur de gagner,
pendant quâon parlait de la pluie et du beau temps â ils sâen plaignent
autant que nous et cela au moins est un terrain dâentente, je me
souviens leur avoir dit â Ăa ne sert Ă rien de rester, il fait
pourri ici aussi â, ça les a fait marrer.
Comme autre terrain dâentente, il y a eu lâidĂ©e, que jâai rĂ©ussie
Ă leur faire admettre, comme quoi lâhumanitĂ© nâĂ©tait vraiment pas
prĂȘte et quâil valait mieux que je garde pour moi les fruits de
notre rencontre.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 5
Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils nous sauvÚrent
des dangers de la surpopulation, et dans la plus pure tradition
post-shadokienne : ils rallongÚrent le calendrier.
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Mon pauvre gars 5. 10
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, Ils mirent de lâordre
dans nos idĂ©es, mais ils oubliĂšrent de mettre de lâidĂ©e dans leur
ordre.
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Il fallut bien faire avec 2. 4
Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, nous eĂ»mes affaire Ă
des ĂȘtres douĂ©s dâun exceptionnel pragmatisme et dâun sens de lâintervention
tout simplement surdéveloppé.
Intervention Ă propos de quoi ? Peu importe Ă lâextraterrestre,
du moment quâil intervient.
Exemple dâintervention : inspecter une planĂšte.
Motif de lâintervention : inspecter.
Motif de lâinspection : Motivation. Inspecter sâil y a lieu de
nourrir des soupçons, quâon ait trouvĂ© quelque chose ou non.
Comme disait mon grand-pĂšre: un but, des moyens, une mission, un
chef.
Le but : trouver quelque chose.
AprĂšs quoi, lâextraterrestre pourra se dire â Câest bien lĂ ce
quâon cherchait â. Mais il faut savoir que ne rien trouver tendra
à justifier, alimenter, voire accentuer les soupçons, ou pire,
mettre lâextraterrestre devant lâĂ©quivalent dâune angoisse mĂ©taphysique
qui ne pourra ĂȘtre calmĂ©e que par un acte de punition compensatoire
Ă lâĂ©gard dâun sujet arbitrairement choisi, ou une consommation
de camboum-camboui plus importante quâĂ lâaccoutumĂ©e, proportionnelle
au degré de panique engendrée par la peur du manque.
Les moyens : proprement, les forces déployées, les pédoncules de
lâextraterrestre, et une sagacitĂ© de lâĆil chasseur que le camboum-camboui
nâa pas rĂ©ussi Ă obturer complĂštement â ce qui est tout Ă son honneur.
La mission : trouver un but. Cibler un objectif.
Autre exemple dâintervention : consiste Ă observer ostensiblement
les ĂȘtres humains qui se trouvent stationner sur le sol de ladite
planĂšte inspectĂ©e antĂ©rieurement, et quâon soupçonne avoir un lien
avec elle. Les observer, afin de percer un comportement par trop
naturel. Flairer, pour voir si on flaire quelque chose. Câest logique
â une logique de fer, qui peut sâexprimer en ces termes : Il faut
bien flairer pour savoir sâil y a quelque chose Ă flairer.
Ces extraterrestres nous étonneront toujours.
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