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Autant vous prévenir tout de suite 1. 1.
Quand les extraterrestres débarquèrent, autant vous prévenir
tout de suite, il pleuvait.
Quelqu’un a –t -il déjà songé à cette éventualité ? Non, elle est
bien trop horrible.
Quand les extraterrestres débarquent, il fait toujours beau, tout
le monde l’aura remarqué. Mais c’est autre chose, la réalité ;
c’est une mouille implacable, à échelle humaine : mesquine, sournoise,
envahissante, contaminatrice, profondément anti-hollywoodienne.
Il n’y eut personne pour venir les accueillir.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 1.
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils s’aliénèrent notre
sympathie à trop en avoir pour nous — ils pouvaient : ils avaient
mangé la tétine voici quelques millions de nanonounous.
Louanges à leur sagesse !
Nous, des virgules de lait nous pendent encore au nez. Un démiurge
monomaniaque à trois seins gonflés de jalousie nous fait toujours
sauter en apnée sur ses genoux, à fond –de -cale du bateau –école
à la cape cosmique.
Louanges à leur sagesse !
On leur signifia assez diplomatiquement (sans même utiliser d’arme
bactériologique !) d'évacuer les lieux, et de remporter avec eux
leur désir de nous rendre heureux.
S’être farci tous ces siècles d’évolution pour gagner un tel retour
case départ ? faut pas pousser !
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Il fallut bien faire avec 2. 1.
Quand les extraterrestres débarquèrent, il fallut bien faire
avec : on ne choisit pas ses extraterrestres, c’est comme ça,
on n’y peut rien. On choisit peut-être ses amis, parfois, mais
pas ses extraterrestres.
Si quelque chose doit débarquer, ce sera nécessairement de l’extraterrestre,
LA PREUVE.
Il faut se faire à cette idée et n’espérer, à la rigueur, qu’un
inversement de tendance : attendre son heure pour devenir un
jour, peut-être, l’extraterrestre de quelqu’un d’autre.
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Mon pauvre gars 5. 1
Quand les extraterrestres débarquèrent, mon pauvre gars, ta
rock’n'roll attitude trouva à qui parler. Ton “ noisy spirit ”,
c'était du pet de cafard, désolé.
Le concert qu'ils donnèrent dans la dépression de Gobi fut déclaré
catastrophe écologique majeure. Leurs guitares à “ n ” cordes
connectées à leurs amplis gazogènes style Empire State Building
soufflèrent la vie comme un million de mégatonnes dièse.
Seuls les plus résistants survécurent : quelques scorpions et
quelques types déjà trop attaqués pour être menacés.
C'est ça le Rock’n'Roll, mon gars.
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Au terme d’un si long périple 3. 1
Quand les extraterrestres débarquèrent,
au terme d’un si long périple, ils trouvèrent en nous des
interlocuteurs privilégiés.
Hôtes, otages, de leur solitude, nous mangeâmes notre pain sec
dans la prison de leur parole.
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Mon pauvre gars 5. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, c’était il y a un bon
bout de temps, et qu’avons-nous vu ? Rien, rien, rien …
Homo Erectus, la survie nous a tenus tranquilles ; Homo Sapiens,
nos velléités d’éveil ont récolté le premier retour de manivelle.
Je vois d’ici la scène : le Premier Homme jette au ciel l’os
historique qui tournoie, funestement wagnérien, et lui retombe
dessus – knock-out préfrontal définitif.
La suite est quasiment anecdotique. Civilisés, une autre espèce
d’urgence nous a empêché d’y voir clair : remplir le vide laissé
par nos victoires sur nos nécessités — comme une friche qu’il
faut semer de haies — pour sombrer un jour dans l’Homo Laboradministratus,
l’Homo Chnocus qui, à l’heure des comptes, se dit :
“ J’ai l’impression qu’il y a quelque –chose qui cloche. ” Quelle
intuition.
Et qui sont les fromages sous la cloche ? …
Bref, nous n’avons rien senti.
Jusqu’à ce que la nauséeuse révélation nous tombe sur le coin
de la conscience comme un ciel qu’on croyait sans nuage et qui
perce soudain, anéantissant d’un coup tous les simulacres de
liberté, tous ces illusoires aménagements qui nous faisaient
croire qu’on était chez nous, et pas au chenil.
“ Nous sommes à la liberté ce que les crottins de chèvre sont
à la cloche à fromages. ”
Aujourd’hui, le charme est rompu. On ne peut plus nous la faire.
On ne peut plus se la raconter, on n’est plus intéressé par les
mêmes choses, on n’a plus envie de faire l’effort de croire qu’on
est les patrons. La récréation finie faut se taper la vérité
et c’est bien pire que la mort, d’être adulte.
Adulte sous une cloche à fromages, depuis toujours et à -jamais.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 1
Quand les extraterrestres
débarquèrent, ils ne furent pas déçus du voyage : on leur concocta
un de ces accueils des familles pétris de dignité, qui font notre
réputation jusqu’aux confins de la galaxie et la cause principale
de notre solitude avec, en prime time, la diva Casburn, suivi
des Tambours de Dax. Pour accompagner le buffet : fanfare et
majorettes triées sur le volet pour une chorégraphie signée J.
P Glougloup.
Après un effleurement de piste plein d’incertitude, la soucoupe
a décrit quelques arabesques aléatoires au-dessus des tribunes,
puis a disparu définitivement sans laisser ses coordonnées.
Ils devaient chercher quelque chose, ou s’être trompé d’adresse.
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Mon pauvre gars 5. 3
Quand les extraterrestres débarquèrent, je n'en faillis pas
pour autant à mon devoir.
Inflexible, un vigile de niveau 3 n'a que faire des particularismes.
Rien ne peut l'affaiblir et le détourner de sa mission : fermer
avec une languette en plastique indestructible les sacs plastiques
ouverts provenant d'autres magasins.
Alors, sacs vivants ou non, sacs polyglottes, débrouillards,
n'habitant plus chez leurs parents, sacs provenant de magasins
d’autres galaxies … J'y peux rien, c'est le règlement.
Suis pas zoologue, moi.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, et que les premiers mots
qu'on put entendre de la part de leur ambassadeur furent : “ LES
EXTRATERRESTRES, C'EST VOUS ”, personne ne fut capable d'affirmer
s'il s'agissait là d'un immense trait d'humour de comiques intersidéraux,
ou une parole de bon sens fondée sur une solide connaissance du
monde, ou une formule purement conviviale, ou l'expression d'un
sectarisme cosmogonique laissant présager des emmerdements à grande
échelle, non, personne ne put savoir.
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Mon pauvre gars 5. 4
Quand les extraterrestres débarquèrent,
Dieu ! quelle boîte crânienne ! quelles tronches ! nous prîmes
à cette occasion la mesure du chemin à parcourir.
Leur front démesuré s'élevait dans les airs avec une ostentation
que certains supportèrent difficilement.
Quels monstres ! quelles flèches !
Les théories leur prédisaient un hyper cortex façon citrouille,
mais de là à se farcir une telle courge d'intelligence, non !
Les femmes ne restèrent pas indifférentes à leur physionomie cérébrale.
Les annonceurs en mal de supports nouveaux mouillèrent leur culotte
devant une telle panacée.
Bientôt, des crânes galactiques Coca-Cola et 36.15 BRENDA égayèrent
la ville, bénévolement, en toute simplicité.
Leur détachement surhumain était à mettre sur le compte d'une élévation
d'esprit telle, que nos triviaux affairements devaient confiner
à l'invisibilité, les travaux d'Einstein à des gribouillis d'idiot
congénital, les paroles du Dalaï Lama, à du babillage de bébé chimpanzé.
Impossible donc, d'embrasser ces esprits supérieurs sans mettre
en danger notre précaire équilibre, sans les réduire inévitablement
à notre petitesse.
Personne n’a cherché la petite bête, on n’est pas con à ce point
-là.
Nous n’avons pris aucun risque : c’est que nous préférions rester
dans notre crétinerie douillette, à l'abri de leur toxique génie.
Jusqu’au jour, fatidique entre tous, où un spécimen peut enfin
passer sur le billard, pour autopsie (sauvagement agressé par un
pigeon, le pauvre - personne n’est invulnérable). On découvre alors
un cerveau guère plus gros qu’un pois chiche, gardé jalousement,
Fort Knox dérisoire, par dix centimètres et dix millions d’années
d’épaississement osseux.
L’erreur est humaine.
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Il fallut bien faire avec 2. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, ce fut par la voie du
ciel, comme dans les livres.
Grisant.
Ils étaient étranges, bizarres, reconnaissables en tant que tels :
on pouvait dire sans se tromper “ Sûr, ce sont bien là des extraterrestres ”.
Quelle aventure.
Ils nous apprirent beaucoup. Certains traits de nos civilisations
les étonnèrent.
Ô ! incommensurable mystère de l’univers visible et invisible.
Nos rapports furent chargés de crainte, de respect, d’incompréhension,
d’anthropomorphisme et d’extraterrestromorphisme. Il y eut des
bons et des méchants dans les deux camps, des injustices et des
conciliations, des crimes, des désillusions, des miracles.
Un voyage bien amorti.
Redoutant l’extinction, nous étions promis à des mutations sans
précédent.
Des portes s’ouvraient, d’autres se fermaient.
En un mot, le scoop.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 3
Quand les extraterrestres
débarquèrent, aïe ! aïe ! aïe ! il s’avéra que leur peau n’était
pas de ce vert tant souhaité, quasi printanier, aimable et pour
ainsi dire sans conséquence, mais de l’orange le plus fluorescent
strié de bleu électrique, avec pointes de noir profond à l’extrémité
de leurs membres qu’ils avaient nombreux.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils ne s'adressèrent
pas à notre espèce et passèrent devant nous le temps d’un bref
coup d’œil, sans s’arrêter, de celui qu’on peut poser sur un moucheron
en stationnement sur le bras, dont on sait que l’existence ne dure
que le temps d’une bonne sieste.
Le tournant le plus déplorable de l'aventure humaine.
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Mon pauvre gars 5. 5
Quand les extraterrestres débarquèrent, personne ne vit ni
n'entendit rien.
Ils passèrent inaperçus autant que nous à leur égard.
Une invasion vraiment sans histoire, mais non moins définitive
et implacable.
Rien ne put donc donner raison à la volée de fous qui proclamaient
leur présence, ceux-ci passant également inaperçus au regard
de leurs congénères.
Comment puis –je donc, me direz-vous, témoigner de la sorte ?
Mystère, mystère...
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Louanges à leur sagesse ! 4. 3
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils débarquèrent sans
avoir besoin de débarquer.
Depuis quand une civilisation un tant soit peu avancée aurait besoin
de débarquer pour débarquer ?
Beaucoup ne s’en sont pas remis d’avoir accidentellement pressenti
ces mains étrangères et supérieures qui plongèrent dans nos esprits
comme dans du terreau pour y faire leurs semis et leurs récoltes.
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Au terme d’un si long périple 3. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, ma foi, ils ne débarquèrent
pas immédiatement.
Il fallait auparavant leur faire signer quelques formulaires d'arrivée
et par la suite, leur faire passer une visite médicale.
Qu'on le veuille ou non, telle est la procédure en matière de réception
d'étrangers sans passeport, et à plus forte raison d'extraterrestres.
Mais avant, pour éviter tout vice de forme, l'administration eut
à se mettre en conformité avec ce cas particulier à traiter. Il
fallut créer lesdits formulaires de toutes pièces, ainsi que les
tampons nécessaires à leur validation.
A-t-on déjà vu un formulaire sans tamponnage approprié ou un tampon
sans formulaire adéquat ?
On fait donc patienter la délégation dans la zone de transit prévue
pour ce genre de circonstances. L'équipe médico-psychologique a
tout loisir de faire son travail.
Le lendemain, à 12H47, il leur est délivré carte de séjour et passeport
temporaire, la chemise contenant tous les duplicata des papiers
qui furent nécessaires à leur élaboration, des guides d'utilisation
– transports en commun, plans, consignes de sécurité et d'hygiène,
préservatifs, condensé du code civil et du code pénal, aperçus
historiques et moraux, le “ gratuit ” obligatoire, ainsi qu’un
bon pour un tour de Train Fantôme à la Foire de Trône, et beaucoup
d'autres choses.
L'administration peut se montrer généreuse.
À ce jour, la raison de leur départ dans les minutes qui suivirent
reste une énigme.
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Mon pauvre gars 5. 5
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils en avaient, des idées
derrière la tête ! Cela se sent, ces choses-là.
Mais devant, rien, le vide absolu, le néant.
Non, ils se contentaient d’avoir des idées derrière la tête par
paquets de dix et de sacrées. Cela donne une contenance, peu de
contenu.
On montre patte blanche le regard transparent et l’on entend dans
les placards de derrière grouiller les araignées d’idée qui se
mangent entre elles sans jamais sortir au grand jour.
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Au terme d’un si long périple 3. 3
Quand les extraterrestres débarquèrent, portés vraisemblablement
par une technologie tellement avancée qu'on eût pu la qualifier
de post-technologique, guidés par l'esprit d'une civilisation
tellement supérieure qu'on eût pu la qualifier de post-civilisation,
et, sans doute, tellement dégagés des marasmes des lois bio-historiques
qu'on eût pu la qualifier de post-bio-historique, bref, rien
de bien qualifiable, figurez-vous qu'ils ratèrent leur coup.
Ils SE PLANTÈRENT ! ils se rétamèrent sur l'aire d’atterrissage.
Il fallut leur prêter assistance. Ils étaient très sympathiques.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 2
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils étaient en congés,
c’est là leur droit le plus strict.
Tout arriva très vite : Ils coururent recta direction la plage
comme un seul extraterrestre, ceux qui ne purent avoir de Pédalo
ou de bouée géante se rabattirent in extremis sur le trampoline
et le toboggan et les autos tamponneuses amorphes de la fête foraine
siestant sur le parking surchauffé et sa buvette où la machine
à barbe à papa tournait molle.
Sur le sable, ils se mirent à circuler par grappes en s'arrêtant
sporadiquement – le temps qu’un étrange appareil se fût posté à
leur œil unique, et qu’on les entendît émettre de drôles de vocalises,
pour repartir aussi sec entre les corps et les parasols, ou courir
s'arracher les espaces vacants de toutes les activités qu'offrait
en ce mois d'août exceptionnellement chaud la vénérable station
de Cavalaire, Var.
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Mon pauvre gars 5. 7
Quand les extraterrestres débarquèrent, je ne dormais que d’un
œil. Eux aussi, s’il leur arrivait de dormir - mais ils n’avaient
guère le choix : Dieu les a construits comme tels, à son image
des mauvais jours, avec un kit au rabais ne comportant pas la stéréo
oculaire.
Triste condition.
Je ne vous surprendrai pas en vous disant que s’ils ont imaginé
une seconde me prendre par surprise, ils se sont mis le doigt ou
toute autre équivalence digitale, dans l’œil.
Ce qui est gênant quand on n’a que ça pour voir le monde.
Et vous avez échoué — misérables sous-cyclopes, dans votre tentative
pour fuire par où vous étiez venus, et vous vous êtes emmêlé les
fibrilles — pauvres borgnes annulés, dans tous les tapis, rhododendrons,
barreaux de chaise et escalators que peut contenir notre monde
charmant.
Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Mais, soyez rassurée, la morale est sauve : il se trouve toujours
parmi nous quelque âme charitable au secours des éclopés.
En l’occurrence, le P.D.G branché d’une fabrique de balais-brosses.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 4
Quand les extraterrestres débarquèrent, c’est avec tout le sérieux
de l’univers qu’ils activèrent pour notre pomme, en dignes macrobiotes
hydrogénophages revenus d’entre tous les régimes, leur mimique
circonspection chagrine d’élite à fort indice paranogène.
Une manière de nous rentrer subtilement dans le lard avec comme
arme, ce regard orthodoxe expulsant en silence l’infinitésimale
toxine de la réprobation et du mépris, laquelle doit se diluer
dans le sang sans laisser de trace pour faire de vous un mort inexpliqué.
Mais le plus important dans l’histoire, c’est le génie de nos cuisiniers
— quelle invention !quelles prouesses ! quel art !
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Mon pauvre gars 5. 8
Quand les extraterrestres débarquèrent, j’étais en train de
me faire cuire des pâtes.
Pour être plus précis — et nous savons combien la cuisson des
pâtes est affaire de précision — elles approchaient l'instant
quasi infinitésimal de la perfection al dente, après quoi leur
substance eût viré dans l'horreur de la mollesse, irrémédiablement,
suivant le mystérieux processus des transformations entropiques
qui me fascine tant, et pour lequel combien de moisissures de
toutes sortes j'ai accumulées !
Inutile de vous dire que la cuisson de mes pâtes s'avéra catastrophique.
Qui peut prétendre, de mémoire d'homme, avoir assisté à une cuisson
aussi calamiteuse ?
Il n'en fallut pas d'avantage pour que je voie cette visite inopportune
commencer sous de très, très, très mauvais auspices.
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Il fallut bien faire avec 2. 3
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils s’avérèrent plutôt
“ bonne pâte ”.
Ils vinrent sans verdict aucun.
Ils ne récupérèrent pas de monolithe.
En effet, certains, parmi nous, sont allés jusqu’à vouloir nous
retirer les mérites d’une croissance sans assistance ni allocation,
propre à nous mettre à notre compte sur le marché des espèces –
jusqu’à nous retirer aussi les circonstances du hasard pur : l’espèce
n’aurait donc pas gagné son lot à la roue de la fortune cosmique
– pour mettre devant le primate irrécupérable ce fameux monolithe,
machine à cortex qui eût ainsi fait de nous la digne récolte de
cultivateurs bien plus balèzes que nous.
Franchement, ça dénote un sacré manque de caractère.
Non, non, nous n’avons pas été trop sévèrement jugés.
Notre médiocrité prise en compte, nous ployâmes sous d’atroces
circonstances atténuantes.
Rien ne fut trop retenu contre notre légitime idiotie.
Les extraterrestres nous tapotèrent la tête, nous félicitant des
valeureuses élévations qui parfois parsèment notre nuit.
Oui, quels douloureux moments on passa.
L’extase.
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Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 3
Quand les extraterrestres débarquèrent, une mission de leur génie
civil fut détachée du vaisseau mère au bar “ Les Copains d’abord ”
(le propriétaire a ouvert depuis une chaîne de bars
“ Les Copains d’abord ”).
Là, ici -bas, les ingénieurs venus du ciel sont allés droit aux
toilettes et, grâce à leur outillage léger, ont découpé, désolidarisé
du sol et emporté sans cérémonie la faïence du chiotte à la turque
– terme technique désignant l’ouverture et la margelle du conduit
d’évacuation des déjections humaines et que seule une longue expérience
permet d’aborder à la bonne distance proportionnellement à l’état
des selles sans se mouiller l’anus et /ou se salir les chaussures.
J’espérais secrètement que ce fût pour faire progresser sa technologie
- un antidérapant révolutionnaire, qui sait.
Décidément, la chose en passionne plus d’un. Il y a des brevets
qui se perdent, c’est certain.
Ils achevèrent leur travail en faisant un même sort à la version
“ dames ”, sorte de protubérance blanche avec un bulbe au bout,
réagissant au tirer-relâcher–tirer-relâcher du cordon sensible
en émettant avec force râles et gargouillis un liquide transparent
appelé “eau”.
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Autant vous prévenir tout de suite 1. 4
Quand les extraterrestres débarquèrent, cela n’eut rien à voir
avec ce que chacun était en droit d’attendre : du design, de
l’hypratech, de l’hypersynthétique, le top de l’ergonomie, l’organisation
ultime, invisible, la pure organicité réunie, autant dire l’intégration
corpo-technico-spirituelle, toute lumière et silence.
On n’eut même pas droit à la combinaison spatiale de rêve.
Bien au contraire, un je-ne-sais-quoi de campagnard émanait d’eux :
faces burinées par un soleil inconnu sous de longues barbes,
manteaux d’une espèce de laine grise, une tenace odeur terreuse,
et surtout, déjouant toutes les hypothèses des spécialistes en
civilisations inconnues, un accent du sud infernal.
On put apprécier les magnifiques motifs floraux qu’arborait leur
vaisseau, et la grande décontraction de ceux qui en descendirent.
Malgré l’absence d’outils comparatifs fiables, tout portait cependant
à croire que ces énergumènes étaient défoncés, qu’ils avaient
dû fumer pas mal de calumets pendant leur voyage, ingurgité des
choses dont on n’a pas idée. Le pape, de la partie pour les accueillir,
contre toute prévision, tira sur sa première pipe.
Les lumières installèrent leur bivouac sur une aire de stationnement
de la bretelle d’échange de Montauban Sud.
On peut appeler phénomène de société le fait qu’un nombre toujours
croissant d’hommes et de femmes se soient joints à eux, et s’y
joignent encore, le campement gagnant sur les champs et investissant
les faubourgs de la ville …
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Mon pauvre gars 5. 9
Quand les extraterrestres débarquèrent, je me savais sur le gril
depuis belle lurette. Oui, sans vouloir vous offenser, j’étais,
moi, humble représentant de notre espèce, l’objet privilégié de
leur observation.
Ils cherchaient l’ambassadeur idéal et je crois qu’ils l’avaient
trouvé, j’en veux pour preuve mon incroyable sang-froid dans cette
épreuve. Mais je suis persuadé que chacun se serait comporté avec
la même grandeur d’âme.
S’ils furent séduits d’abord par ma finesse et ma grande ouverture
d’esprit, mes capacités analytiques déconcertantes, mon don pour
les langues ou même, mon imagination débordante toujours prête
à assimiler les données les plus folles, ou par la disposition
harmonieuse — et bien à corps défendant croyez-moi, de qualités
que je partage probablement avec d’autres, peu importe.
Toujours est –il qu’on s’est rencontré.
Ils m’ont embarqué faire un petit tour de galaxie. Le temps d’aligner
quelques parties de 421 que je m’accordai la faveur de gagner,
pendant qu’on parlait de la pluie et du beau temps — ils s’en plaignent
autant que nous et cela au moins est un terrain d’entente, je me
souviens leur avoir dit “ Ça ne sert à rien de rester, il fait
pourri ici aussi ”, ça les a fait marrer.
Comme autre terrain d’entente, il y a eu l’idée, que j’ai réussie
à leur faire admettre, comme quoi l’humanité n’était vraiment pas
prête et qu’il valait mieux que je garde pour moi les fruits de
notre rencontre.
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Louanges à leur sagesse ! 4. 5
Quand les extraterrestres débarquèrent, ils nous sauvèrent
des dangers de la surpopulation, et dans la plus pure tradition
post-shadokienne : ils rallongèrent le calendrier.
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Mon pauvre gars 5. 10
Quand les extraterrestres débarquèrent, Ils mirent de l’ordre
dans nos idées, mais ils oublièrent de mettre de l’idée dans leur
ordre.
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Il fallut bien faire avec 2. 4
Quand les extraterrestres débarquèrent, nous eûmes affaire à
des êtres doués d’un exceptionnel pragmatisme et d’un sens de l’intervention
tout simplement surdéveloppé.
Intervention à propos de quoi ? Peu importe à l’extraterrestre,
du moment qu’il intervient.
Exemple d’intervention : inspecter une planète.
Motif de l’intervention : inspecter.
Motif de l’inspection : Motivation. Inspecter s’il y a lieu de
nourrir des soupçons, qu’on ait trouvé quelque chose ou non.
Comme disait mon grand-père: un but, des moyens, une mission, un
chef.
Le but : trouver quelque chose.
Après quoi, l’extraterrestre pourra se dire “ C’est bien là ce
qu’on cherchait ”. Mais il faut savoir que ne rien trouver tendra
à justifier, alimenter, voire accentuer les soupçons, ou pire,
mettre l’extraterrestre devant l’équivalent d’une angoisse métaphysique
qui ne pourra être calmée que par un acte de punition compensatoire
à l’égard d’un sujet arbitrairement choisi, ou une consommation
de camboum-camboui plus importante qu’à l’accoutumée, proportionnelle
au degré de panique engendrée par la peur du manque.
Les moyens : proprement, les forces déployées, les pédoncules de
l’extraterrestre, et une sagacité de l’œil chasseur que le camboum-camboui
n’a pas réussi à obturer complètement — ce qui est tout à son honneur.
La mission : trouver un but. Cibler un objectif.
Autre exemple d’intervention : consiste à observer ostensiblement
les êtres humains qui se trouvent stationner sur le sol de ladite
planète inspectée antérieurement, et qu’on soupçonne avoir un lien
avec elle. Les observer, afin de percer un comportement par trop
naturel. Flairer, pour voir si on flaire quelque chose. C’est logique
— une logique de fer, qui peut s’exprimer en ces termes : Il faut
bien flairer pour savoir s’il y a quelque chose à flairer.
Ces extraterrestres nous étonneront toujours.
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