LETTRE
OUVERTE :
+d'infos
sur le conflit des intermittents
Messieurs
les producteurs TV, Messieurs les responsables
de chaînes de TV,
Messieurs du Medef, de la CGT, les intermittents...,
cette lettre vous concerne.
Qu'ouïs-je ?... Des manants se révoltent
?
Le
MEDEF est riche. Il a les moyens de se payer les
juristes, les analystes, les services de communication
compétents pour faire passer leur message
: "on" paye trop de charges. Traduisez
: "on" veut gagner encore plus en s'attaquant
aux régimes déficitaires.
Silence
sur leur caisse de retraite, largement bénéficiaire
...et pour cause.
Silence sur celui de la caisse maladie, largement bénéficiaire
aussi, les arrêts maladies étant rares
pour des gens qui sont toujours dans l'angoisse de "faire
leurs heures".
Cette parcellisation dans l'évocation de la
crise est tactiquement finement jouée. Les
institutions politiques sont devenues les outils
zélés du pouvoir patronal dans sa recherche
du rendement maximum.
(...)Pour
résorber la situation "catastrophique" de
la caisse ASSEDIC spectacle, il existe des solutions
immédiates :
Que
l'on fasse la balance entre les caisses "intermittents "
bénéficiaires et celle déficitaire
afin de ne considérer que le solde. La situation
des intermittents serait sans doute moins catastrophique
qu'il n'y paraît en ce qui concerne la charge
globale qu'ils représentent pour la société.
Que
les 100 milliards de francs versés par l'Etat,
dans les années 90 aux chefs d'entreprises
pour "créer de l'emploi", et qui
n'a servi qu'à les enrichir un peu plus, soient
reversés dans les caisses déficitaires.
Les intermittents ont fait partie aussi de ces gogo-contribuables.
(...)
Que
la valeur travail ne soit plus bradée au nom
d'un libéralisme aussi radical qu'inhumain.
Quels qu'ils soient, les spectacles devraient coûter
plus chers parce qu'ils sont fait par des hommes
et des femmes qui ont durement acquis compétence
et talent.
(...)
Que
les salariés ne soient plus les seuls à alimenter
les caisses sociales des intermittents du spectacle.
La culture s'adresse à tout le monde, et bénéficie à
tout le monde. Les commerçants qui profitent
largement des événements culturels sont
en train de s'en apercevoir.
(...)
Silence
sur les conditions de travail qui se sont gravement
dégradées en quelques années.
Les "négociations"
entre employés et employeurs n'existent pratiquement
plus. Les contrats sont unilatéraux et donc
souvent léonins.
Silence,
en particulier dans le milieu de l'audiovisuel, sur
un système féodal avec ses suzerains
que sont les décideurs, ses seigneurs que
sont certains producteurs (pas tous), et une poignée
de réalisateurs et de techniciens qui ont
eu la chance, (ou le talent) d'avoir été au
bon moment, au bon endroit.
(...)
On
accuse les diffuseurs. Soit. S'ils ne payent pas
les programmes documentaires à leur juste
valeur, c'est sans doute pour compenser le prix exorbitant
des " créations "
Endemoliennes et autres Delaruseries. Il faut bien
vivre. Face
à ces grosses locomotives, en terme d'économie,
les documentaires ne font pas le poids. En terme d'abrutissement
des masses non plus, d'ailleurs. C'est précisément
cela que les " irresponsables " de chaînes
devraient considérer. La qualité, ça
se paye. Et mettre un peu plus d'argent dans les documentaires
ne sera jamais qu'une goutte dans l'océan de
ce que coûte la clochardisation mentale que nous
ingurgitons quotidiennement.
Empêcher de penser, c'est préparer les
sociétés totalitaires. Et qui sait si
ce n'est pas la lutte qui sauvera l'image des chaînes
et préservera une petite flamme de révolte
pour nos enfants ?
Et puis ça peut se vendre les documentaires,
s'il sont bien financés et bien produits, par
de vrais producteurs. Ca peut faire du profit. Les
diffuseurs anglais en savent quelque chose.
Autant
j'éprouve du mépris envers les nombreux " gestionnaires
de subventions ", grands spécialistes
dans l'art d'utiliser le système de l'intermittence,
autant j'ai du respect pour les producteurs, les
vrais, grands ou petits, qui mettent toute leur énergie
pour qu'existent les films dans le respect du travail
de chacun.
Si, si, il y en a. Dans la lutte qui, je l'espère,
ne fait que commencer, nous sommes à poil.
Nous
sommes à poil parce que nous vivons dans une
société
où le mot "syndicat " est devenu un
gros mot. Je le déplore.
(...)
Nous
sommes à poil parce que la révolte
ne vaut que pour la défense de la dignité d'homme,
piétinée depuis bien longtemps dans
nos professions, et non pour la défense de
quelques privilèges. Cette lutte là arrive
toujours trop tard.
Nous sommes à poil, mais nous avons la rage
du désespoir.
Et ça, en face, vous ne l'avez pas compris.
Je suis auteur/réalisateur. Mon métier,
révolté. Mon dernier documentaire sera
pour vous dénoncer, vous et vos complices de
la nomenclature audiovisuelle dont les airs et le langage,
confits du "devouââr"
de dénonciation des injustices et des l'exploitations
de l'homme par l'homme, m'écoeurent. Pas besoin
d'aller en Afrique ou en Asie pour cela. Regardez donc
dans votre gamelle.
(...)
Quant
à vous, saltimbanques de tous poils, qui sacrifiez
vos
" heures " pour la lutte.
Tenez bon. Je vous salue fraternellement.
Un gueux.
A
bientôt.
Robert Desbois, frère de Robin des Bois, le
justicier qui veut du bien aux
intermittents, homme à tout faire depuis 1975
! |